Ce n’est pas la première fois qu’un croyant utilise l’argument de la complexité pour arriver à l’inévitable conclusion que notre univers est l’oeuvre d’un créateur suprême. En quelques mots, cet argument stipule que le niveau de complexité qu’a atteint le cosmos est si grand qu’il est inconcevable que tout ceci soit le fruit du hasard. C’est ce que soutient Raynald Valois dans une lettre d’opinion au Soleil de Québec. De sa plume:
On peut alors soupçonner que beaucoup d’entre nous ne considèrent pas l’athéisme comme le signe incontournable d’un esprit libéré et critique. Je pense plutôt que la grande majorité d’entre nous sommes plutôt du sentiment qu’il est plus sensé et rationnel d’admettre l’existence d’un Être suprême que de la nier. En effet comment, entre autres, concevoir qu’un univers si grand et si beau, régi par des lois si complexes et si sophistiquées, soit venu de nulle part et relève du hasard le plus aveugle qui soit? Non, l’existence même et l’ordre merveilleux de notre monde démontrent l’existence d’un Absolu qui en est la cause première. C’est aussi ce qu’ont pensé les plus grands philosophes de l’histoire occidentale, entre autres, Descartes, un des pères du rationalisme moderne.
Sincèrement, je ne vois pas comment on peut être sensé et rationnel en croyant en l’existence d’un être invisible, indétectable, qui n’est jamais entré en contact avec notre espèce de façon claire et non ambiguë, c’est-à-dire par d’autres moyens que par le biais de chamanes qui nous demandent de les croire sur parole. Mais je dérive de mon sujet…
L’argument de la complexité est un des derniers bastions de la croyance rationnelle, celle qui se base sur des arguments philosophiques pour expliquer dieu, par opposition à la croyance émotive, celle qui vient d’une perception inexplicable qu’il existe un être plus grand que nous. On l’appelle aussi parfois l’argument de la beauté car, comme M. Valois l’exprime dans son argument, l’univers n’est pas seulement complexe mais il est beau. Et c’est ainsi que, dans son grand désir d’être rationnel, l’argument en appelle à l’émotion pour prendre racine.
En effet, la beauté n’est pas une propriété de l’univers, c’est une émotion qui existe en nous, une émotion forte qu’on ressent devant le grandiose: le sommet d’une montagne, l’enfant qui sourit, le soleil qui disparaît derrière l’horizon, les cercles concentriques lorsqu’un caillou tombe dans un étang. Que nous trouvions tout cela beau n’aiderait pas à décrire ces situations à quelqu’un qui n’aurait pas les mêmes normes d’esthétique. C’est une déformation de la perception qui n’a d’autre but que de nous attirer vers certaines choses qui sont bonnes pour nous.
Ainsi, l’inhérente relativité de la beauté en fait un argument circulaire et faible qui n’arrive pas à s’échapper de notre esprit émotionnel.
Quant à la complexité, elle est selon moi vouée au même sort. Qui sommes-nous pour juger de la complexité des choses? Ce qui nous apparaît aujourd’hui complexe, avec nos esprits immatures qui n’ont même pas encore réussi à vaincre les maux de notre espèce, sera peut-être finalement plus simple que ce que l’on perçoit. La quête de la connaissance nous enseigne la même leçon à mesure qu’on y progresse: les meilleures explications sont souvent les plus simples. Ce qui autrefois était complexe, mystérieux et magique est devenu fondamental, trivial et facile à comprendre. Des exemples: l’électricité et le magnétisme, la course des planètes dans notre système solaire, la réplication des cellules vivantes. Plus on regarde ces phénomènes, mieux on les comprend, mieux ils s’inscrivent dans l’élégance simple de notre univers qu’on arrive maintenant à percevoir.
Toute cette relative et belle complexité continue de nous émerveiller et de provoquer en nous de fortes émotions. Elle donne un sens à nos vie, celui de mieux l’observer et la comprendre, un sens qui touche deux de nos plus grandes qualités en tant qu’espèce: le désir d’explorer et la capacité de comprendre ce que nous voyons.
N’allons pas gâcher tout ça par des êtres invisibles qui nous attachent au passé et nous empêchent d’avancer. Nous sommes capables de mieux que ça.
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